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Le Grand Raid de la Réunion 2001 - Joël Delmas |
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Grand Raid de La Réunion
125 km 8099m D+ 8099m D-
19-20-21 Octobre 2001
2200 inscrits
Joël Delmas Dossard 519
/ 2ème participation.
(1° participation en 2000 : 522 ième en 32h40)
Objectif 2001 : 30h
Et oui, ça devait arriver!
On ne fait pas une course pareille sans avoir envie de renouveler l'expérience.
Pour de multiples raisons. Envie de retrouver cette ambiance unique, ces
sites merveilleux, voir si on peut faire mieux.
Dès l'arrivée de la première édition on sait
que l'on n'a pas forcément tout donné, tout bien calculé
ou bien géré.
J'ai su très vite que je reviendrai, pour faire mieux, mais aussi
pour apprécier d'avantage tout ce qui se passe au long de cette course
folle.
Un défi à soi-même, mais avec l'expérience d'une
première fois pas si mal réussie. Envie d'en découdre
encore sur les chemins difficiles, les montées interminables, les
descentes vertigineuses. Quand on aime cavaler dans la montagne, y'a pas
mieux!
Dès le mois de mars, alors que j'étais en pleine préparation
des 100km de Belvès qui seront une sacrée expérience
et un entraînement plutôt " hard ", j'interrogeais déjà
l'organisation pour savoir à partir de quel moment je pourrai m'inscrire.
J'envoie enfin mon dossier d'inscription le 24 avril, 5 jours avant Belvès.
Ensuite, plus de course sur le bitume, les 100km m'ont vacciné pour
quelque temps...
Je refais à peu près les mêmes courses et entraînements
de montagne que l'an dernier: Euskal trail, Espelette, Ossaloise , 3000
Ariégeois, mais je me sens fatigué, pas la pêche. Je
le paye au marathon du Médoc le 8 septembre, où je finis péniblement,
en étant parti un peu trop vite il est vrai...
Je cesse tout entraînement " dur ". Problèmes musculaires,
coups de pompes, doute.
Je sens qu'il me faut du repos si je veux faire un bon Gd Raid, je suis
un peu inquiet. Je fais à peine 60km d'entraînement pendant
les 3 semaines suivantes. Une dernière sortie en montagne le 30 septembre
(6h de trail en vallée d'Aspe) me rassure, je grimpe et je descend
comme un cabri, j'ai retrouvé la forme! Après, je reste tranquille,
il reste à peine 3 semaines avant le Gd Raid. Je me repose. Quelques
footing, un peu de vélo, du rameur, des abdos, mais cool.
J'arrive à La Réunion 5 jours avant la course. Je m'acclimate.
Je retrouve la douceur de la vanille...
Une ou deux sorties sympa en montagne, histoire de me mettre dans le bain
; c'est le cas de le dire : 98% d'humidité à La Réunion!
Mercredi 17: briefing à St Denis, au stade de La Redoute où
se jugera l'arrivée de la course dans quelques jours.
Ambiance bon enfant, retrait des dossards. Je retrouve Annie, de Gradignan,
rencontrée sur quelques courses en métropole en membre du
club des Anonymes, de Talence. Elle est venue tenter l'aventure, bravo Madame!
Je reconnais des visages, souvenirs de l'an dernier, des bénévoles,
des concurrents, il y a foule!
Jeudi 18: départ vers St Joseph où je suis reçu comme
un prince chez les amis d'un collègue de travail. Repas traditionnel
et chaleureux. Le maître de maison a fait 3 grands Raids dans les
années 90. Je prépare le matos pour la course, les sacs relais.
Je me couche et j'essaye de dormir...
Vendredi 19, 1 h30 : faut se lever!
Ah! le doux parfum de la vanille... Allez, allez, faut se bouger!
A 2h15 je suis au stade de Langevin où sera donné le départ
à 4h. Pointage, vérification du matériel obligatoire.
Je retrouve Annie, un rien anxieuse!
Dès 3h15, je vais me placer un peu à l'avant, près
de la ligne de départ.
Il a plu pendant 3 jours avant la course et je sais qu'après la piste
bétonnée du début de course, à partir du 15ème
km, on va retrouver le sentier. Alors, vaut mieux être devant, ou tout
au moins dans les 4 ou 500 premiers à passer, sinon après, non
seulement ça bouchonne, mais un GR emprunté par plus de 2000
coureurs devient vite une patinoire ! Je retrouve 2 toulousains rencontrés
sur l'euskal trail. C'est leur 1 er G.Raid.
" alors les petits gars, on stresse à mort? "
" m'en parle pas, on est complètement speedés! "
On se détend un peu en bavardant. Je les informe de ma tactique de
début de course qu'il approuvent. On partira donc ensemble jusqu'au
sentier, après, on verra.
3h45 : la tension monte ! C'est vraiment un moment inoubliable. Tout le
monde est surexcité, ça rigole, ça chante, ça
gueule dans tous les coins, faut évacuer des mois d'entraînements,
de privations, de stress!
4h : c'est parti ! superbe!
Passé le goulet d'étranglement à la sortie du stade,
on ne perd pas de temps, on se faufile. Un petit bisou vanillé au passage,
à la volée, et je me concentre à regret sur la course...
Je rattrape J.Jacques et Alain (les toulousains) un peu plus loin. On parle
peu, on se maintient dans le flot, bon rythme.
Stade de la crête: 10 ème km, premier ravitaillement - pointage.
Quelques fruits secs, un verre de coca, un verre d'eau et on repart aussitôt.
5h17'. 13' d'avance sur mon planning. C'est excellent.
Je me suis fait un road book:
Avec tous les temps de passage, calqués sur ceux de l'an dernier,
mais en diminuant les temps de pause, ma tactique à moi pour passer
de 32h40 l'an dernier à 30h, objectif de cette année. Voilà
le sentier.
Pas de problème, la " circulation " est fluide, pas trop de bouchon,
ceux qui sont là maintenant avancent bien, ça traîne
pas. Parfait.
Alain et J.Jacques me lâchent dans cette première montée
de 10km avec 1600m de D+, jusqu'à Foc Foc, le prochain contrôle.
Je les laisse partir, je sais qu'ils sont meilleurs grimpeurs que moi. Surtout
ne pas suivre quelqu'un, garder son propre souffle.
Foc Foc: 8h15. Road book : 9h00 : on se calme!
Je refais le plein en eau, je grignote et je repars de suite. On arrive
sur le site exceptionnel du volcan, toujours aussi extraordinaire. On court
sur la lune!
Route du volcan, 25 ieme km. D+2316m : Il est 9h. J'avais prévu de
repartir de là à 10h. Je prends mon temps, je savoure.
Il y a beaucoup de monde, des musiciens, des spectateurs, des bénévoles,
et bien sûr des dizaines de coureurs en train de se ravitailler. Tout
le monde, je crois, est très heureux d'être là. Quelle
fête! Le soleil commence à réchauffer et à colorer
tout ce décors fantastique.
Tiens, JJ et Alain sont là:
"alors?"
"c'est géant! "
On grignote, on boit un coup. Je repars à 9h25, seul, ils sont devant.
On fera un chassé-croisé pendant toute la course, mais chacun
son rythme, à la sensation. Je sors de l'enclos du volcan à
regret, par l'oratoire Ste Thérèse. 40 mn d 'avance par rapport
aux prévisions, c'est confortable. Un dernier coup d'oeil sur ce site
exceptionnel et c'est parti pour la descente vers la plaine des Cafres.
Ca roule, de bonnes descentes, un peu de route.
Mare à boue, la bien nommée. On patauge! 11h40, 45 ième
km.
Je me dirige tout droit vers le stand "poulet boucané" : je me régale
et je refait le plein en compagnie des toulousains, décidément,
on se croise beaucoup, c'est sympa.
"ça va toujours?"
"à fond ! On est bien là non ? dans les temps?"
"parfait, mais gardez-en sous la semelle, faut arriver frais à mi-course,
à Cilaos!"
Je repars à 12h08. Ah ! plus que 22mn d'avance...
Je décide de ne pas courir jusqu'en haut du coteau Kerveguen : 10km
de montée douce mais boueuse à souhait, bien collante, casse
gueule et casse pattes! Les toulousains passent...
Coteau Kerveguen: 14h34 : 26mn d'avance.
Je bois 2 ou 3 soupes chaudes, fait pas chaud par là, et puis je
me lance dans l'infernale descente vers Cilaos: D-1000m. Pas question de
faire le fou comme l'an dernier, ça glisse vraiment beaucoup, les
rondins de bois qui servent de marches sont impraticables, de véritables
savonnettes ! J'arrive à descendre assez vite quand même, personne
ne double, je dépasse même quelques colonnes de raideurs effrayés
par l'état du sentier (il y a de quoi): "allez les gars, on se lâche!
" mais je sens qu'ils n'apprécient pas mon humour...
Cilaos: 16h13, 496ème : plus une minute d'avance, mais une bonne
position au classement. Je suis content de moi, pas trop fatigué.
J.J et Alain sont là depuis 2 ou 3mn, mon fan club vanillé
aussi, miam-miam!
Je me laisse dorloter 5mn et je passe au lavage : c'est un karcher qu'il
faudrait !
Ensuite, massage, et repas:
Alain va bien, J.Jacques commence à accuser le coup. On repart ensemble,
il est 17h52, j'avais prévu 17h30, je pointe 604 ième.
Je râle un peu d'avoir traîné, mais c'est si bon la vanille….
et puis on n'est qu'à mi course, rien n'est encore joué. Je
laisse partir les deux autres sur la petite route qui monte gentiment vers
le début du sentier: ça descend au fond de Cilaos. Je les rattrape
en bas, mais après il faut regrimper jusqu'à la route et enchaîner
avec le col du Taïbit : total D+ 1200m. Je les laisse partir à
nouveau, je monte à mon rythme. Il fait nuit maintenant. Petit ravitaillement
à la route et c'est parti.
18h55, 10mn de retard.
Je monte en 1 h30 en dépassant une trentaine de raideurs, ça
fait toujours plaisir, mais le meilleur reste à venir. Je passe le
col et j'attaque la descente sur Marla, dans le cirque de Mafate, et là,
je m'éclate comme une bête! Je double 10, 20, 30 coureurs (tiens
les toulousains "alors, ça traîne! ") Ils me regardent passer
en trombe, étonnés. J'ai dû dépasser 60 ou 70 personnes
en 30mn de descente folle. Faut dire que le chemin est assez technique et
à la frontale, c'est pas évident, mais j'adore descendre vite,
je me sens des ailes.
Marla : j'y arrive remonté comme une pendule: 20h54
L'ambiance est super: percussions, chants, boissons variées... Je
me contente de thé et de bananes. Je suis dans les temps. Je reste
à peine 10 ou 15 mn, je pense être dans les 500 ième.
Les toulousains arrivent, harassés : " j'ai plus de jambes " me dit
J.Jacques. Je lui signale que ça va lui manquer pour finir la course,
mais il rigole encore, tout va bien. Il fait frais, avant de trop me refroidir
je repars d'un bon pas, en trottinant lorsque c'est possible. Miracle du portable,
j'appelle mon copain J.Luc, en métropole. Je lui fait Nicolas Hulot
avec force détails, histoire de le faire baver un peu.
Ensuite, c'est la plaine des merles, la forêt des tamarins, ses rondins
de bois gluants, son brouillard… faut pas s'égarer. C'est qu'il n'y
a pas grand monde, quelques lueurs de frontales par-ci par-là. J'attaque
la montée du col des boeufs, le sourire jusqu'aux oreilles.
Une concurrente s'est tordue la cheville, je l'aide à faire son strap,
elle n'y arrive pas, elle tremble de froid, elle repart en boitillant, mais
elle repart. Un autre a un problème de lampe, je le prends en remorque.
C'est ça aussi le Grand Raid, des personnages qui surgissent comme
ça en pleine nuit avec leurs petits soucis, leurs bobos, leurs ennuis
techniques. On échange quelques mots, on partage quelques minutes,
et puis souvent on ne se revoit plus. Mais on se motive et on avance, toujours
on avance. L'échange, les rencontres, ont une certaine intensité.
Même si on est bien, dans les temps, sans problèmes, la montre
est là, la fatigue aussi, après 18h de course.
Col des boeufs : 22h45, 1/4 d'heure d'avance ! Je suis bien là, hein?
Je commence à parler tout seul... bon, pas de précipitations,
faut bien gérer maintenant, et garder toute sa tête. J'entame
la fastidieuse descente sur Grand Ilet. Après une grande piste genre
4x4 sur 3 ou 4 km, on prend un chemin, pourri.
Pas une seule foulée sur le plat, des passages de ravines, des blocs
de pierre énormes. 12km: 2h45! Mais je double encore pas mal de monde.
C'est très bon pour le moral. La nuit est claire, le ciel fantastique.
Un peu avant Gd Ilet, un coureur me rattrape, me double, pour finalement marcher
et trottiner à mes côtés:
Olivier, la trentaine, sympa. On papote. Il fait partie d'un club de triathlon
à Versailles. C'est son premier Gd Raid ; il s'est fixé à
peu près les mêmes bases que les miennes pour essayer de réaliser
30h. On débarque dans Gd Ilet à 1 h30, au petit trot. Il n'y
a pas grand monde à cette heure-ci mais on est quand même applaudis
par quelques supporters frigorifiés.
Grand Ilet: 1 h30 , 1/2 h d'avance sur mon timing et surtout 2h1/2 par rapport
à l'an dernier. Je pointe 368éme! En plus je me sens " frais
", ou à peu près. La dernière fois, j'ai failli jeter
l'éponge à cet endroit...
Après avoir récupéré mon sac relais, je me débarbouille
un peu, je me change, et je file au massage: pas d'attente, comme à
Cilaos, ça vaut le coup de ne pas être trop à la traîne.
On me bichonne : une kiné à chaque jambe.... Je me détends
tellement que je mets ensuite 20 bonnes minutes à refaire mon sac de
route, ça flâne grave! Au coin resto, je me tape un bon cari,
presque avec appétit. Une concurrente, blême, s'écroule
en plein resto, pas bien la dame...
Je cours chercher le toubib, à la salle de kiné. Ensuite je
finis mon repas en évitant de regarder la bassine que la malheureuse
tiens entre ses jambes... Le médecin lui conseille quelques heures
de repos.
2h50, je repars. Je pointe 375 ième : tiens-tiens, on dirait que
tout le monde a sommeil, moi aussi, mais c'est le moment de garder l'avantage,
je file, enfin plus exactement je me traîne jusqu'au début du
sentier de la Roche Ecrite à 2 ou 3 bornes de là.
La bête noire de la course: D+ 1000m, à 33%, après 100
bornes de course! il est 3h18 exactement! Allez, c'est parti.
Je suis seul. J'arrive pas à prendre de rythme, j'ai très
sommeil, plus de jus. Je gère comme je peux: des petites pauses par-ci
par-là. Faut faire gaffe, c'est vraiment vertigineux par endroit,
pas le moment de glisser. Je me demande d'ailleurs comment cela n'est pas
encore arrivé pendant la course. Tant mieux.
A la moitié de l'ascension, Olivier me dépasse en compagnie
d'un autre, genre triathlète aussi, à fond, déterminés.
Je me gare. Pas un mot. Olivier ne me reconnaît pas. Je me dis que
soit ils sont hyper forts, soit ils sont en train de griller leurs dernières
cartouches. On verra bien.
10 mn avant le sommet, je les retrouve, scotchés à la paroi,
essoufflés, livides. Je passe très digne... Le petit diable
qui sommeille en chacun de nous me file des grands coups de coude dans les
cotes: "t'as vu, y sont pas allés bien loin, hein "
Ouf! Le sommet: 5h10, soit 1h55 contre 1h40 l'an dernier. Il y a un petit
ravitaillement où quelques bénévoles congelés
(on est à 2200 m) nous donnent un peu d'eau, nous encouragent. Le
ravitaillement est à 800m, à l'abri du vent. J'y trouve une
bonne soupe bien chaude et le repos, mais aussi mes deux toulousains emmitouflés
dans des couvertures, une soupe à chaque main! Olivier arrive aussi,
me reconnais et s'approche de moi. Se saisissant de mon dossard il s'exclame:
"Joël Delmas ! j'en étais sûr! " ??????? Un huissier,
la police?
"figures-toi que mon pote et moi on a lu et relu ton récit de l'an
dernier des dizaines de fois sur l'Internet pour se préparer. On s'est
servi de tes temps de passage pour organiser notre course!" Le miracle du
net!
Mon égo en prend un coup, je remonte mes chaussettes, histoire de
maintenir mes chevilles. Je vais retrouver les toulousains qui semblent accuser
le coup. Ils sont étonnés que j'arrive là après
eux. Faut dire qu'ils ne se sont pas arrêtés à Gd Ilet,
fatale erreur! Bien que bons grimpeurs, ils ont mis 2h15 pour gravir la roche
écrite. Plus de jus. Ils récupèrent un peu.
On décide de repartir ensemble et puis finalement je les laisse filer,
envie d'un bon café.
"allez Olivier, tu repars avec moi ? Le plus dur reste à faire ",
" non, non, vas-y, je souffle un peu "
Il m'apprendra plus tard qu'il le regrettera: il finira la course seul avec
beaucoup de mal, comme moi l'an dernier.
Je repars tranquille, tiens je peux encore courir sans trop de mal.
Au gîte des Chicots à 3 km, je retrouve J.Jacques et Alain
: ils gèrent des ampoules, mais je ne m'arrête pas, pas envie
d'attendre, envie d'en finir. Je trottine, en regardant la montre : je suis
de moins en moins sûr d'arriver à 10h à St Denis, comme
prévu. Coup de blues, coup de pompe. J'ai en mémoire l'horreur
de la fin de course, de ces derniers km de montagnes russes qui n'en finissent
pas. J'appelle même Vanille: "c'est pas la peine de te presser, je
ne serai pas là à temps, pas avant 11h ou 11h30...j'en peux
plus" Je continue à avancer malgré tout. Finalement, je me
rends compte que ça va pas si mal que ça, que personne ne me
rattrape. C'est même le contraire, j'en ramasse quelques-uns.
Une petite lueur se remet à briller. Je re-vérifie mes temps
de passage... et si je me bougeais un peu le cul, hein?
Bizarrement, j'avale les côtes sans trop de mal, je relance bien dans
les descentes, je me prends au jeu. Aux derniers ravitaillements je ne remplie
plus ma poche à eau, je consomme sur place, sans presque m'arrêter,
je recommence à y croire. Je double tout ce qui bouge. Je rappelle
Vanille: "dépêche-toi! j'arrive, je serais là à
10h! " Je passe pour un fou, mais ça je le savais déjà.
9h30 : appel sur le portable. C'est pas le moment bordel ! C'est J.Luc...
"Alors t'en es où? " me demande-t-il du fond de son lit.
"putain c'est pas le moment ! Je suis en train de me battre contre la montre,
à 5km de l'arrivée! si il faut je vais dépasser les 30h
de quelques secondes ! je te rappelle!"
Je finis à fond dans la dernière descente, au risque de me
briser les os, parce que là, dans l'état où je suis ça
n'est vraiment plus raisonnable du tout de descendre à cette vitesse.
Mais on est fou ou on ne l'est pas, non?
Après, le stade, l'arrivée, les bravos, la médaille,
les bisous... et quelques victuailles:
30h12' - 319 ième sur 1450 à l'arrivée
Merde, 12 mn. J'ai pas fini d'entendre les railleries des copains:
" 12 mn !? mais qu'est-ce que t'as encore foutu ? T'as fait du tourisme
ou quoi?"
M'en fous, pour moi le contrat est rempli. Venez vous la jouer, on en reparlera!
Non mais.
Et puis, 12' c'était peut-être en refaisant le strap de la
dame, en réconfortant un coureur.
Quoi la vanille ? Quelle vanille?
J.Jacques arrivera en 32h30, Olivier en 32h, Alain en 30h30.
Annie abandonnera à Cilaos, épuisée, mais elle reviendra!
Peu importe, chacun repart avec son baluchon d'images fantastiques, de rencontres
inopinées, de douleurs aussi, de joie surtout. Vive le Grand Raid!
Mille mercis aux bénévoles réunionnais qui sont présents
tout le long de la course, de jour comme de nuit, souriants, toujours à
l'écoute de ces centaines de fous venus chercher un peu d'aventure
humaine, saine, fraternelle, chaleureuse. Par les temps qui courent, ça
fait du bien.
A bientôt, pour une autre expérience aussi belle, je l'espère,
en attendant... la dodo lé là!
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