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100km de Millau 2007 - Janny Dautrey |
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Ca y est……. Il est 9 heures 50 ce samedi 29 septembre et je
suis sur la ligne de départ des 100km
de Millau……. Voilà des années que j’y pense, des mois que je m’entraîne,
des jours que le stress m’a envahi et là entouré par ces quelques 1600 coureurs
qui vont se lancer dans cette course mythique. Je suis calme, je suis prêt et
heureux. Michèle vient de me quitter, ainsi que Jeannot et Christiane. Ils sont
restés avec moi jusqu’au dernier moment car
faisant frais j’avais gardé le survêtement le plus longtemps possible.
Autour de moi beaucoup de plaisanteries. On rit de bon cœur, on essaie de ne
pas trop penser que l’on part pour 10, 11, 12, 13 heures……. et peut-être
plus ! Le speaker annonce régulièrement
les minutes qui nous séparent du départ. Les dernières secondes sont égrainées par tous et le coup de
pistolet libère tous ces fondus de course à pied. Doucement la troupe avance….
Je suis dans le milieu du peloton. Tout
le monde semble prendre son temps pour se mettre en route calmement, et on descend doucement cette
grande avenue qui va nous conduire à la sortie de Millau. A 500m je suis déjà
dans la boîte de mes photographes…Michèle, Jeannot, Christiane me guettaient et ils me souhaitent bonne
route. Me voilà donc parti pour réaliser un rêve et à ce moment là je n’ai
aucun doute…je vais y arriver.
Première boucle :
Millau-Millau 42,195km
« partir doucement, partir
doucement » je me le répète dans ma tête car j’ai lu cela dans tous les
forums….donc je vais respecter mon plan de course, 32’ 30’’ aux 5 km . Pendant
les dernières semaines d’entraînement
j’ai bien intégré cette vitesse de 9,5km/h et rapidement je pense avoir
trouvé mon rythme de croisière. Je vais donc courir tranquillement jusqu’à
Aguessac ,7ème km où on doit retrouver notre accompagnateur vélo
« officiel ». A la sortie du village Robert est là. On s’est connu en
Côte d’Ivoire à Bouaké il y a environ 30 ans et c’est déjà le sport qui nous a
réunis. On a fait ensemble des milliers
de km en vélo sur les 2 seules routes goudronnées qui partaient de
Bouaké. Que de souvenirs au sein de notre club amateur l’AS Sprint avec nos
amis ivoiriens… Robert a préparé son vélo : un petit porte bagage fixé sur
la tige de selle et là-dessus une boîte tupperware solidement arrimée avec des
vis. Hier soir on a mis tout le nécessaire pour que les muscles résistent à cet
effort inconsidéré !!! Robert me repère au milieu de ce peloton toujours
très dense et il mettra environ un kilomètre pour arriver à ma hauteur ….c’est
sûr que 1600 coureurs plus le renfort
de presque autant d’accompagnateurs vélo ….ça fait du monde….et qui plus est
mes supporters ne m’ont pas vu passer et étaient très déçus. Et là notre aventure à deux va pouvoir
commencer. Alors que la route remonte
tranquillement la vallée du Tarn, qu’aucune difficulté ne se profile, j’apprécie déjà la présence
de Robert. Au 12ème km on passe devant notre gîte et déjà des
encouragements !!! des gens du gîte ainsi que Chantal la femme de Robert
et surprise ….à ce moment là arrive sur son vélo mon copain Jacques, lui aussi de Bouaké, lui aussi de l’épopée de
l’équipe sprint et qui a fait 3 heures de voitures pour faire un bout de chemin
avec moi. A 71 ans il fait encore des marathons !!! l’équipe de copains de
Bouaké est réunie de nouveau grâce au sport….je pense à cette magie que le
sport peut procurer, et sans m’en apercevoir, on se retrouve sur le pont du
Tarn au Rozier qui marque le retour vers Millau. Voilà 21km de parcourus avec
le rythme prévu. Au Rozier 3ème ravitaillement ; beaucoup de
monde et un peu de pagaïe avec les vélos pourtant d’un côté de la route et les
coureurs de l’autre, mais je m’arrête, malgré la foule, pour prendre des fruits
secs et une boisson énergétique. Dans les prochains hectomètres la première
grosse difficulté va se présenter et il faut recharger la machine. Je suis seul
car Robert a récupéré mes deux vieux tee shirts que j’avais mis au départ sous
mon beau maillot rouge floqué spécialement pour l’évènement : devant, « Amicale Laïque de Bourbonne les
Bains » , le nom de mon club et au dos, « 100km Millau
2007 ». Je repars donc isolé au
milieu des amis coureurs et j’attaque la côte de Peyreleau, superbe village
pittoresque. Je monte le plus lentement possible mais sans marcher ; je
suis doublé sur cette pente de 500 à 600mètres mais pentue. Les jambes tournent
très bien et me disent que tout va bien « continue doucement ». Au
sommet de la côte mes deux suiveurs me rattrapent et on enchaîne, sur une
dizaine de km avec 4 autres côtes mais un peu moins pentues. De l’autre côté du
Tarn, sur la route que l’on a emprunté, il y a une heure, on aperçoit à travers
la végétation les marcheurs des 100km. On va arriver à La Cresse….mais que se
passe t-il ? je ressens une petite gêne à la cuisse droite , le mollet
gauche me rappelle qu’il existe…l’enchaînement des 5 côtes aurait-il fait des
dégâts ? on n’est qu’au 28ème km…je ne dis rien à mes suiveurs
et je me contente de ralentir un peu et à la première occasion je ferai
quelques étirements. Je reste calme même si je trouve que ce premier signe de
fatigue arrive bien tôt !!! La Cresse... mon groupe de supporter s’est
étoffé ; en effet France et Joël sont venus depuis l’autre côté de
Rodez pour nous encourager ; je
retrouve tout ce monde au milieu du stand de ravitaillement où une ambiance
grouillante et sympa semble bien installée. Je me ravitaille au mieux et
discrètement je fais quelques étirements contre le mur de l’église en espérant
que le mécréant que je suis sera protégé par de divines créatures jusqu’à
l’arrivée. Un petit signe de la main à mes amis et me voilà reparti sur une
route défoncée sur quelques hectomètres. Je me sens mieux mais cette petite
alerte physique va changer ma stratégie
de course. En effet je décide de ne
plus m’occuper du chronomètre. Ce que je vis au milieu de tous ces coureurs, de
Robert, Jacques et mes supporters je dois le prolonger jusqu’à l’arrivée à
Millau, la vraie sur le coup des 22 heures ou de minuit !!! Tout ce que j’ai fait endurer à Michèle
depuis des mois ne peut pas se terminer par un abandon ,donc maintenant je n’ai
plus qu’un seul objectif : finir.
Je viens de passer 5 ou 6mn à La Cresse avec tous mes amis qui ont fait des km
et je n’ai même pas fait une photo avec eux pour ne pas perdre une minute !!!!
Quand Robert et Jacques, ralentis par les travaux !!! me rejoignent, je ne
dis rien mais je sais qu’à Pauhle, dans 5 km
on fera la première photo tous ensemble. Et cette photo on la
fait !!! après presque 4 heures de course. On est tous assis sur une
murette avec Aiguessac en arrière plan, avec un très grand sourire et ce sera
le premier souvenir. Le retour sur Millau en faux plat descendant se passe sans
problème. Je sais maintenant que ce marathon est plus qu’un échauffement et que
finalement il est éprouvant. Je pensais qu’en mettant une heure de plus que
lors de mon dernier marathon d’Annecy en avril, je ne ressentirais pratiquement
aucune fatigue. Pourtant mes jambes sont un peu lourdes mais le moral est
intact et je traverse Millau cool pour atteindre le Parc la Victoire où il faut
pointer. C’est dans ce parc au sommet d’une belle allée bordée de grands arbres que se trouve la salle des
fêtes.
Malheureusement Robert est bloqué par les organisateurs en bas
avec son vélo et Jacques s’arrête là….on vient de vivre tous les 3 un beau
marathon. Et là haut ils sont déjà là ! Mon Groupe est là…comment ont-ils
fait ? Tous, ils m’encouragent , font des photos et bien sûr je n’hésite
pas à prendre le plan incliné qui me fait pénétrer dans la salle des fêtes et
qui est réservé aux coureurs du 100km , un autre couloir étant pour les
marathoniens. Avant de ressortir je mange pas mal de sucré et je bois un verre
de coca, le premier depuis des années…Avant de me lancer sur la partie
« sérieuse » du parcours, à nouveau quelques petits étirements tout
en discutant avec les uns et les autres ; il y aura bientôt 5 heures que
je suis parti et sous les encouragements enthousiastes de mes amis je m’élance vers mon rêve , vers
ces côtes mythiques , vers ces kilomètres qui font « Millau » …je
m’élance vers Saint Affrique…….
Millau –Saint
Affrique : 29 km, la côte du viaduc et la côte de Tiergues.
Je redescends donc l’allée et en bas je ne vois pas Robert et son
vélo….Chantal me dit de continuer et qu’il va me rattraper…il faut faire
attention dans la ville car la circulation n’est pas coupée et ce sont les
bénévoles qui nous dirigent de rue en rue …Quand je traverse le Tarn, Robert
est à nouveau à mes côtés , me demande comment ça va , essaie de tempérer mon
allure, car j’ai retrouvé un second souffle mais …prudence. ; je ralentis mon rythme car une première
petite côte dans Creissels se présente. Je trottine mais ne marche pas et dans
la descente à la sortie de Creissels on découvre, au loin, la terrible montée qui va nous conduire sous
le viaduc . Ce qui impressionne ce n’est pas seulement la pente et la route
tout à fait rectiligne mais tout ce monde qui la gravit à pied et à vélo….en
effet on distingue très bien toutes ces fourmis sur plus d’un km qui se lance à
l’assaut du viaduc. J’ai l’impression que tous les coureurs marchent !!!
et la vitesse étant réduite, il y a plus de monde sur cette portion. Cette côte
je l’ai montée sans problème il y a 3 mois à l’entraînement mais là, à son
pied, avec 47 km dans les jambes elle me semble plus pentue !!!
« allez Robert, c’est parti ! », on s’encourage et je continue
de courir tranquillement mais je constate que je suis le seul….donc avec un
pourcentage de 7 à 8 je pense que le mieux c’est de faire comme tout le monde.
Je suis entouré de coureurs expérimentés qui me confirment que c’est peut-être
la partie la plus dure de l’épreuve. Je me glisse donc dans un petit groupe et
on monte en marchant à une bonne cadence. C’est super j’ai l’impression de
débuter mes 100km…donc pas d’efforts inconsidérés ; il faut profiter le
plus longtemps possible de ce moment de forme. Les cyclistes ont tous mis le
triple plateau car pour eux c’est dur de monter à cette vitesse de 6 ou
7km /h. Le soleil chauffe et Robert prend une suée car il n’a pas encore
retiré son haut de survêt. A mi-pente c’est chose faite et nous voilà tous les
2 côte à côte avec le même maillot rouge « amicale laïque – Bourbonne les
Bains » J’ai l’impression que notre connivence vient encore de
s’accentuer. Vivons intensément ces instants au moment où l’on va passer sous
cette merveille, cette beauté géante qui nous surveille tout au long de cette
ascension. Quelle chance de vivre à deux et avec tous ceux qui nous entourent
ce spectacle du sport désintéressé dans
un site grandiose. Juste au passage sous le viaduc, les 2km terribles, mais
avalés sans problème, sont derrière nous et on peut se remettre à courir. Une douleur qui apparaît soudainement à ma
cheville droite ne me perturbe pas trop….on va arriver au sommet et déjà
j’aperçois Michèle, Jeannot et tous les autres. Ils courent dans le même sens
que moi car il faut faire la photo de la course , la photo avec le viaduc en
arrière plan, et pour qu’elle soit
réussie il faut du recul « tu es monté trop vite , on vient juste
d’arriver, toi tu peux prendre la route
directe ! nous on fait des tas de détours !! » me lancent ils.
Avec Robert on ralentit, on se met côte à côte et clic clac….. le plus beau des
souvenirs est dans la boîte. Mais si on veut qu’il reste toute notre vie, on se
doit de finir. Normalement j’avais prévu de me changer en haut de la côte mais
malgré cette petite gêne à la cheville qui persiste, et comme je me sens bien, on continue. Dans la descente qui m’impressionne par sa pente et
sa longueur j’alterne longue période de course et quelques instants de marche.
J’évite de penser au retour ; on a le temps pour cela. On franchit le 50ème
km et pour la première fois depuis longtemps je regarde ma montre :
il est …15h53…. Une heure pile poil que nous avons quitté la salle des fêtes et
5 h53 de course. Maintenant on va
compter les km qui nous restent à faire et pas ceux que l’on vient de
faire !!!! Plus de douleur à la cheville…et on arrive à St Georges. C’est
le 11ème ravitaillement et il est dans la salle des fêtes.
« prends ton temps, alimente toi, fais des étirements » Robert est
toujours à mes côtés et ne veut pas que je fasse d’erreurs….d’ailleurs il
emmagasine mes faits et gestes car il me mitraille avec son appareil. Je me
remets en route tandis que Robert fait quelques réserves à emporter et c’est à
la sortie du village que je vais croiser un extra terrestre , premier de la
course….c’est un faux plat descendant et je pense qu’il court à 15, 16
km/h ; on ne peut que s’arrêter, admirer,
et prendre le temps d’applaudir….je suis au 53ème km et lui
au 89ème ; dans une petite heure il en aura terminé et j’estime
par un rapide calcul qu’il mettra un peu plus de 7 heures. Mais, qui aura le
plus de mérite ? qui en aura le plus bavé du champion ou de l’anonyme qui
terminera dans la nuit ou au petit matin ?…la magie de Millau c’est cela,
le même bonheur pour tous , le champion ou l’anonyme, chacun son plaisir et
chacun sa performance. Mais ce bonheur que j’imagine il faut le mériter
alors…on continue… Je me retrouve seul
à l’attaque du faux plat de 7km. Mais pas très loin devant un coureur et je
vais essayer d’arriver à sa hauteur car il semble avoir une allure qui me
convient. Robert qui vient de me rejoindre confirme. La jonction est faite et
on se met à discuter avec « le nouveau ». Il doit être V1 et très
sympa avec le dossard 1246….46 mon année de naissance ! Soromon , c’est
son prénom, en fait de nouveau, il en
est à son 11ème « Millau » !!! ses conseils sont les
bienvenus. « sur 100km il faut être prudent….jamais en sur régime »
il est seul et je n’oserai pas lui demander pourquoi à l’arrière de son short
on voit l’ouverture d’un sac
poubelle….on discute tous les 3 et les km passent …il court le buste assez
droit et de temps en temps ralentit et se penche vers l’avant pendant quelques
secondes. C’est sa technique…On croise le 2ème qui est environ à 25
mn du premier, puis le 3ème , puis les autres. Certains répondent d’un petit signe à nos
encouragements et nous les retournent. On arrive à Saint Rome de Cernon et
grâce à Soromon cette partie monotone est bien passée. Il est 17h15 et on est
au ravitaillement du 60ème ; Soromon me conseille de boire soit
une soupe soit un thé chaud mais pour cela il faut pénétrer dans la salle de
fêtes et monter une dizaine de marches. aie aie aie…le devant des
cuisses…pendant que le thé refroidit, je téléphone à Emilien . Nous sommes
heureux de bavarder quelques instants.. « plus que 40 km, tout va
bien , les jambes un peu lourdes mais ça va aller » le « bon courage
Papa » me fait du bien. J’ai pris de la boisson glucosée et encore un
verre de coca. Je peux attaquer « le Monument », La Côte de
Tiergues….. Dès la sortie du village on emprunte sur la droite une petite route
étroite qui s’enfonce dans la forêt . Soromon m’avait conseillé de marcher
jusqu’à l’épingle à cheveux. C’est ce que je fais et je suis très très bien. Je
double certains coureurs et on s’encourage. Quand je vois Soromon devant moi je
le rejoins en courant. Robert me demande d’éviter ces efforts mais ces recommandations
restent en suspend car on va croiser la 1ère féminine : elle
est superbe dans la descente avec sa belle foulée, sa silhouette fine et ses
grands cheveux et en plus elle répond à nos encouragements par un très grand sourire et un petit signe de la
main. Elle n’a vraiment pas l’air de
souffrir….et je pense qu’elle finira sans problème ses 25 km…Robert , Soromon
et moi commentons admiratifs ce passage…et à l’épingle à cheveux on se remet à
courir. On a fait 2/3 de la montée et surtout le plus dur. Robert part devant
pour annoncer notre arrivée aux supporters qui doivent être au sommet…Beaucoup
de monde et d’ambiance.. J’entends « Sylvie, Sylvie, Sylvie …. » et
puis, alors que je suis à une cinquantaine de mètres : « Jany, Jany,
Jany…. » et de plus en plus fort , puis les applaudissements de tous les
spectateurs. Ca fait vraiment du bien et ça
redonne de l’énergie …je décide de m’arrêter et je vois Jeannot. Il a le
journal de Millau et aussitôt qu’il a repéré un n° il fait scander le
prénom. Il est 18 heures, la fraîcheur commence à tomber ; il
faut que je me prépare pour la nuit. Michèle et France m’aident à me changer
avec les encouragements de Joël, Christiane, Chantal. Il faut remettre le dossard sur mon vêtement à manches longues.
On fait ça calmement, je fais quelques étirements car j’avais eu des problèmes
musculaires dans cette descente début juin et je n’avais que 20 km dans les
jambes. Là nous en sommes au 64ème….et on va descendre pendant 6km.
A 500mètres, en contre bas j’aperçois le ravitaillement , le 14ème et
avec Robert on se remet en route. Comme environ la moitié des 20 postes en rase
campagne ce sont des structures en
ferraille qui supporte une bâche en plastique épais….que de boulot pour
installer tout cela….Une bonne douzaine de bénévoles nous accueillent à chaque
fois toujours avec autant de gentillesse et avec un petit mot d’encouragement
ou d’admiration. On prend notre temps car maintenant le prochain arrêt est à
Saint Affrique. Dans la descente on retrouve Soromon. Il ralentit quand il
arrive à notre niveau car il voit que je suis moins « facile » que
tout à l’heure. Je pense déjà au retour. « Pas de problème, à Saint
Affrique je te donnerai un aspirine effervescent et tu repars comme en
14 !!! » je veux bien le
croire car finalement les 6km passent vite et alors que je m’étais arrêter 2
fois à l’entraînement, on fait cela d’une traite en courant. Le dernier km est
très pentu…et nous amène dans Saint Affrique. Comme à Millau la circulation
n’est pas bloquée et il faut être vigilant malgré la fatigue mais Robert veille ! Sur les marches de
la salle des fêtes ..ils sont déjà là…..la circulation est pourtant bloquée sur
les routes du circuit…bravo et merci à tous les copains…je monte les marches et
j’entre dans la salle des fêtes. Beaucoup, beaucoup de monde…je trouve qu’il
fait chaud…tiens je vois des étoiles…vite une chaise…les étoiles sont de plus
en plus nombreuses…je cherche du regard un réconfort…Soromon me donne son
cachet effervescent que j’avale rapidement ; je ne vais pas me trouver
mal !!!.ce n’est pas possible….j’essaie de me relever…non !!!ce n’est
pas raisonnable…je demande à manger…quelqu’un m’apporte….quoi ? je ne sais
pas bien mais je mange…..je suis dans un état second ; Jeannot est là,
Jacques aussi et bientôt Michèle. J’entends le brouhaha de la salle très loin et une voix
« Monsieur vous n’êtes pas obligé de repartir !! vous êtes vraiment pâle »c’est une dame à
côté de moi qui s’inquiète puis j’entends Michèle « il faut prendre ta
tension » et Robert « va t’allonger les pieds en
l’air !!! » et dans ma tête « ce n’est pas possible , pas
maintenant, je ne peux pas abandonner alors qu’il y a 5 mn j’étais en bonne forme » je me
concentre fort et je décide de me lever sous des regards inquiets pour aller à
la table de ravitaillement. Et ma sœur Edith qui téléphone juste à ce moment
là !!Je prends deux verres de glucose, du coca, du solide…4 , 5 quartiers
d’orange , des pruneaux….je vais avaler tout le ravitaillement !!!!ça va
mieux….ça va de mieux en mieux mais pas de précipitations …il faut que je prenne mon temps ; je
me repose sur une chaise ; le 1267 que j’ai croisé plusieurs fois depuis
ce matin vient s’asseoir à côté de moi…il n’est pas brillant et me dit qu’il
n’en peut plus….je le réconforte, signe que je vais mieux…..Soromon vient me
dire qu’il repart ; nous avons fait route ensemble pendant une vingtaine
de km et cette rencontre restera pour moi
un grand moment de Millau. On se tape dans la main …peut-être à l’année
prochaine. Maintenant je me dirige vers la sortie avec mes amis….je suis
remis ; les couleurs reviennent. Michèle a garé la voiture tout à côté et
je vais de nouveau me changer : un marcel et mon vêtement cycliste
d’hiver, les bandes réfléchissantes, la frontale pedzl : je suis paré pour
le retour. Mais je ne suis pas pressé de repartir et on fait une dernière photo
de groupe puisque tout le monde est là. Je suis heureux , j’ai failli
abandonner….et je me remets en route
pour devenir dans…..4, 5,6 heures Centbornard….j’y crois fort !!!
Saint Affrique – Millau : 29km et les côtes
de Tiergues et du viaduc.
Je suis complètement regonflé en
traversant Saint Affrique. Il est 19h 20 ; je me suis arrêté 30mn environ
mais le plus important c’est d’avoir repris ma course , je cours doucement et
tout va bien ; je rassure Robert qui me répond « c’est toi qui
gère ; c’est toi qui te sens….et on arrivera quand on
arrivera !!! ».Le premier km est dur : environ 8% donc je
marche ; pas la moindre douleur aux jambes ; j’en suis tout surpris
et je pense à tous ces km parcourus pendant 5 mois à l’entraînement ;
C’est Bruno Heubi, le vainqueur de 2005, qui m’a fait mon plan ; je l’ai
suivi à la lettre sauf le fractionné court qui me fatiguait trop et que j’ai remplacé par du fractionné
long ; c’est ainsi que j’ai parcouru environ 60 km par semaine, en 4
sorties depuis mars soit environ 1700 km. Tout en marchant, je pense au
« Roteux » cette côte qui va d’Arnoncourt à Fresnoy et que j’ai monté
et descendu une cinquantaine de fois : elle fait 2 km et je connais le
moindre détail ; si mes jambes tiennent le coup, c’est grâce à
elle !!! « merci le Roteux ». J’ai une pensée pour tous mes enfants, ceux de Mayotte et les parcours
magiques dans la forêt tropicale que j’ai sillonnés pendant un mois l’été
dernier , pour ceux d’Arc sur Tille et les tours de lac, pour Aurélie ,
Laurence et Emilien qui s’inquiètent depuis ce matin…je pense , je pense et
j’avance ; je me suis remis à courir et je n’arrêterai plus avant le
ravitaillement du dessus de la côte, sauf en urgence, car les pruneaux, les
oranges et tous les liquides ont eu raison de mes intestins qui s’étaient
pourtant comportés de manière remarquable depuis ce matin. La nuit est tombée
quand nous arrivons au sommet de la côte. Au ravitaillement, Robert souhaite
que l’on reparte ensemble car il fait
vraiment noir et on risque de se perdre. Il y a une vingtaine de coureurs.
Cette tâche de lumière avec tous ces bénévoles qui s’activent nous réchauffe
déjà ; je prends trois verres de soupe bien chaude puis toasts jambon et
toasts pâté et coca et orange….si je ne fais plus d’erreurs
d’alimentation , on arrivera à Millau ; je pense que tout à l’heure
j’ai fait une hypoglycémie car je ne m’étais pas assez alimenté dans la
descente sur Saint Affrique. De nouveau on prend notre temps, et on redémarre
tous les deux, pour faire les derniers hectomètres de montée ; je cours ,
je n’arrête pas de courir et je suis bien. « ne t’enflamme
pas !!! » Robert veut qu’on finisse…On est tous les deux…seuls dans
le noir, on se dit quelques mots de temps en temps ; on ne voit rien…..heureusement nos lampes
éclairent bien ; on croise de temps à autre des marcheurs , un petit mot
d’encouragement réciproque et on replonge dans la nuit. Je réalise la chance que j’ai d’avoir
Robert à mes côtés car dans cette nuit noire , je serais inquiet si j’étais
seul, car je ne suis pas à l’abri d’une défaillance . Mais la forme
est là, car on dépasse quelques concurrents qui marchent. Dans la descente, les
muscles ne tapent pas trop, même si je les sens, mais pas de douleurs. En bas
de la côte de Tiergues on entend fondre sur nous comme un troupeau ; c’est
le meneur d’allure des 14 heures avec une bonne dizaine de coureurs ; ils
nous doublent, avec un mot sympa ….mais d’où sortent-ils ? il est 21 heures
environ ..ils ne vont pas mettre trois heures pour effectuer les 18 km
restants…surtout à la vitesse à laquelle ils dévalent !!!
On va arriver à Saint Rome ;
dans le noir Robert fait crépiter le flash… encore des souvenirs.
Ravitaillement 17 : les escaliers
pour atteindre l’intérieur de la salle des fêtes sont toujours aussi dur à
monter, comme à l’aller mais pas plus….je ne suis pas le seul à les gravir un à
un….mais au-dessus , la soupe nous attend et les toasts jambon……..On repart ; Le faux plat descendant
, 7km ….heureux…..les seuls bruits, le
rythme de mes pas sur le goudron , la roue libre du vélo de Robert…le noir
total percé par nos deux frontales ; de temps à autre jaillissent les
bandes réfléchissantes du coureur que l’on précède, puis que l’on
dépasse….alors qu’on est prêt d’arriver à Saint Georges, Robert me dit :
« Jany, tu sais qu’on va arriver aujourd’hui et pas demain ! »
L’émotion m’envahit un peu car pour la première fois on sait qu’on va finir le
même jour qu’on est parti. !!! après la peur de Saint Affrique c’est
incroyable…..à la salle des fêtes de Saint Georges, après un coup de téléphone
pour rassurer Michèle et lui dire qu’on arrivera plus tôt que prévu, c’est
toujours le même régime ; ça me convient super, même s’il faut soulager le tube digestif à nouveau ; Robert subit d’ailleurs le même sort…. Plus que 9km…même la terrible côte du viaduc
ne nous fait plus peur….un km de plat et, à l’attaque….pour la première fois
depuis le km dur dur de Saint Affrique je vais marcher pendant 2km et à la
sortie d’un virage….le viaduc !!! on le découvre avec ses projecteurs qui découpent ses 7 piles et cette image
magnifique nous emplit les yeux alors que l’on va terminer nos 100km ; du
coup je cours , je marche, je cours….je double, je me fais doubler , on
s’encourage tous ; on est heureux , on va finir….Dans la descente, il faut
être raisonnable ; je suis entre la course et la marche ; ce n’est
pas le moment de se faire un claquage ! en bas de la côte nous sommes 4 ou
5 et avec les vélos ça forme un petit peloton…tout le monde a l’air en bonne
forme au bas du dernier petit raidillon…c’est sûr, c’est le dernier ! et
en prime au milieu de cette petite côte, le grand panneau des 95 km…comme il
est beau ce panneau , comme on l’apprécie…puis on est au 97ème le dernier ravitaillement !!! les derniers encouragements des bénévoles !!! mes derniers verres de soupe !!!! mon dernier coca et mon dernier…….c’est
super …maintenant c’est la descente sur le Tarn ….une douleur à la cuisse
gauche, des étirements contre un panneau stop et on passe sur le pont de Millau
avec sa pancarte énorme « 98ème » …Michèle me
téléphone… « dans 15 mn on est là !!!! » On est dans les
rues de Millau ; on court sur le trottoir… 99ème km
on est dans la grande avenue en faux plat montant….dans 500mètres on
rentre dans le parc….j’ai les jambes un peu lourdes mais elles tournent encore
bien…bravo…quand je prends le virage qui me fait pénétrer dans le parc les
encouragements des spectateurs et l’émotion me font verser une petite
larme ; Robert est à côté de moi et on vit à fond cette remontée dans
cette grande allée : on est entrain de réussir notre folle aventure.
J’entends les hauts parleurs dans le lointain , la musique , le speaker ;
je suis heureux et ému ; avant de prendre l’entrée de
la salle des fêtes l’animateur m’arrête, me tend un micro mais je ne sais quoi
dire !!!! surtout que je vois Michèle qui nous prend en photo, je vais l’embrasser, c’est aussi sa victoire
car elle m’a supporté et encouragé pendant des semaines et je passe l’entrée de
la salle des fêtes, le plan incliné, l’arrivée sur le podium, entouré par la
foule encore nombreuse à cette heure avancée : ça y est !!! mon rêve !!!!!
je suis centbornard !!!!
quel temps ? peu importe à la minute présente…..
Jeannot , Michèle , France
immortalisent ce moment magique ; Joël se demande toujours comment on peut
courir pendant plus de 13 heures !!!!
……je redescends du podium et
je retrouve Robert….il est resté plus de 13 heures sur son vélo à côté de
moi…et il a souffert…des mains !!! merci pour tout cela . Merci à tous
ceux qui m’ont encouragé sur le terrain, par la pensée , par leur mails, par
leur nombreux coup de téléphone tout au long de cette grande journée et qui m’ont permis de réaliser ce rêve. Je
viens de vivre, avec mon premier marathon à Paris, un des deux plus grands
moments de ma vie sportive. Dernières photos tous ensemble et je n’ai plus qu’à
récupérer et penser au suivant…..Ce sera encore Millau ou Belvès ou Royan……
Soromon a terminé en 13 heures 22
et je ferai tout pour le retrouver et lui envoyer des photos. Roland le 1267 a terminé en
15h05….j’essaierai également de le retrouver.
Il y avait 1585 inscrits aux
100km, 1492 sur la ligne de départ et environ 200abandons.
Le 1er a mis 7h15, le
dernier a franchi la ligne dimanche matin à 9h45 après avoir marché 23h45.
Je termine 682ème et
26éme sur 118 dans ma catégorie V3 en 13heures et 35mn
Par pure coïncidence, tout mon petit groupe de supporters que j’ai
connu à Bouaké en Côte D’Ivoire, habite dans le région. Jeannot était prof dans le même collège que
moi. Jacques était technicien dans une usine qui faisait de l’huile avec les
graines de coton . France et Joël
étaient enseignants. Robert était installateur en ascenseur dans les mines du
Sahara et Chantal secrétaire. Sprint était la marque de cigarettes la plus
vendue en Afrique de l’ouest et l’usine se trouvait à Bouaké. C’était elle qui
sponsorisait notre équipe !!!!!