La Western States de Karine Herry

Il est de grandes courses comme de grands vins. Au départ, une idée géniale et la passion, le talent des personnes, qui, en quelques années, font la réputation de grands classiques, comme la Western States (WS). Le talent des coureurs comme Ann Trason ou Scott Jurek font le reste pour donner ses lettres de noblesse à cette immense aventure humaine.

Participer à cette course, reste, pour beaucoup d'Américains, et encore plus d'Européens, un simple rêve. Pour les Américains, il faut espérer le sort d'une loterie. Pour les Européens, en dehors d'une traversée de l'Atlantique difficile physiquement et financièrement, il s'agit d'une réelle épreuve, où certains se sont essayés mais sans l'aboutissement escompté.

Cette année, quelques mois en amont, j'avais fait le choix d'une participation à "cette très grande", plutôt qu'à une participation "open ?" au Championnat du monde des 100 kms le même week-end. Il s'agissait d'une réelle organisation de groupe, orchestrée de main de maître par notre ami et sponsor Jean Celle de la société Celnat, pour aller au pays d'origine même du produit "phare" dont nous bénéficions depuis deux ans : le jus d'herbe d'orge Green Magma, de la société californienne Green Foods Corporation.
Je bénéficiais aussi de l'assistance de mon ostéopathe personnel : Christine Brun.

Pour la septième fois, Scott Jurek, après avoir été mené sur quelques dizaines de kilomètres par notre compatriote Vincent Delebarre, n'a laissé à personne le temps de rêver au trophée de l'animal emblème, le cougar. Simple et facile, des premières poignées de main échangées avec ses concurrents, jusqu'aux dernières embrassades pour féliciter l'ensemble des compétiteurs, il aura rayonné. L'année prochaine il envisage une trêve Western States pour, gentiment, "laisser sa place à un autre vainqueur" pour mieux préparer un autre challenge (Ultra Trail du Mont Blanc?).

Chez les féminines, après la suprématie jusqu'en 2003 d'Ann Trason, des participantes (de nombreuses fois dans le top 10), de nouvelles coureuses essayent chaque année de décrocher enfin cette première place. Face à la suprématie américaine, difficile à concurrencer compte tenu de leur expérience des longues distances (100 miles) et du terrain, j'ai essayé de représenter au mieux "la vieille Europe".

Apres un "mano a mano" idéal pendant 10 heures de course avec la première féminine, je vois malheureusement revenir de l'arrière, une autre américaine, et future vainqueur, qui court à belles enjambées. Prudemment, elle avait choisi de ne faire sa course qu'après Forest Hill. Quand les heures s'égrènent, les écarts se creusent d'un coup. La lassitude s'installant, reste le plaisir incomparable de courir avec "un pacer", compagnon de route choisi ou désigné par les organisateurs, qui peut nous soutenir par sa présence, et accessoirement par sa lampe, la nuit. pour les derniers 38 miles.

S'ils n'étaient là, beaucoup de coureurs auraient sans doute du mal à aller au bout de cette traversée, plus ou moins enneigée ou ensoleillée et techniquement âpre de nuit. Avec cette assistance, les quelques 60 kilomètres à parcourir "en couple", se font presque allègrement et se terminent parfois par une demande en mariage (cf le DVD du trail).

Grâce au pouvoir du mental, 10 miles effrénés et le plaisir immense d'achever cette grande course, en moins de 20 heures, pour une boucle de ceinture en argent.

Passé le grand vide énergétique de l'arrivée, restent tous ces moments fugaces mais tellement intenses d'émotion, visuels et auditifs, aux check points et sur le chemin, jusqu'au dernier tapis d'arrivée; la joie incomparable de l'aboutissement, un cadeau partagé avec tous ses proches, la grande fierté d'être la première européenne sur le podium de la Western States!

Karine Herry

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